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En quête d'Ethiopie.com

Blog pour faire découvrir l'Ethiopie, pays magnifique de l'Afrique, mais souvent méconnu par les voyageurs

Les chants et danses liturgiques de l’église orthodoxe éthiopienne

Les chants et danses liturgiques de l’église orthodoxe :

L’église orthodoxe éthiopienne est la seule où la liturgie est la fois chantée et dansée.

Les danses liturgiques sont notamment exécutées lors des grandes célébrations religieuses comme lors de la fête de Timkat.

Remarque : les termes religieux sont en guèze, la langue liturgique de l’église. L’écriture de certains termes a été simplifié pour une meilleure compréhension et prononciation. Des accents ont été rajoutés pour franciser les mots guèzes. Il n'y a pas de romanisation standard de l'amharique, la graphie employée varie sensiblement selon les ouvrages et les langues. C’est pour cette raison que les mots, noms sont orthographiés différemment d’un texte à l’autre

Histoire du compositeur de ses chants Yared et sa contribution à la liturgie éthiopienne:

C’est Yared (505-571), saint d’origine axoumite, qui fut l’auteur de nombreux chants et hymnes religieux consacrés à des occasions particulières durant la saison liturgique et pour les fêtes des saints et de la Sainte Trinité.  Ces chants écrits selon sa légende en 9 ans sont restés la base des chants sacrés de l’église.

Tout jeune, Yared a été envoyé par sa famille suivre une éducation religieuse auprès de son oncle Gédéon. Peu brillant et brimé par son professeur et les autres élèves, un jour il quitta l’école et trouva refuge près d’une plante. Là il aperçut une chenille qui essaya de monter sur la plante pour manger, et qui y arriva à la septième tentative. Inspiré il se rendit alors au monastère de Sainte Marie d’Axoum pour prier. Dans les années qui suivirent il va devenir un très bon élève, maîtrisant les textes religieux et remplaçant à 14 ans son oncle décédé.

Selon son hagiographie, il fut inspiré par la Sainte Trinité. Un jour il a aperçu trois oiseaux venus du jardin d’Éden, qui représente la Sainte Trinité qui vont lui révéler les trois échelles musicales pour chanter (kegnitoch): geez (le Père), ezil (le Fils) et ararai (le Saint Esprit). Ensuite ils vont le guider jusqu’au sept cieux  ou la Jérusalem céleste, où le zéma (les chants) lui a été révélé, là il a vu danser les vingt-quatre prêtres des cieux (aussi appelés vieillards de l’apocalypse), accompagnés des instruments que l’église éthiopienne utilise encore aujourd’hui. 

Saint Yared

 

Le livre de chant liturgique de l’église éthiopienne contient les hymnes pour la liturgie divine (c'est le nom donné à la messe chez les orthodoxes); il est organisé dans l’ordre du calendrier et divisé selon les saisons de l’année liturgique. Les chants sont en guèze, la langue liturgique de l’église (voir l'article sur les langues en fin d'article).

Il a divisé ses hymnes en quatre parties, chacune avec sa propre mélodie. Ces chansons étaient pour les quatre saisons: l’hiver, l’été, le printemps et l’automne. Il a écrit un livre appelé deggua contenant 5 volumes de chants:

Déggua appelé aussi mahlet Yared (le chant de Yared): antiphonaire du propre du temps: l'antiphonaire est un recueil de chants liturgiques; le propre du temps est la partie de la liturgie qui change selon la date, que cela soit en rapport avec le calendrier de l’année liturgique (Proprium de tempore), avec la célébration d'un saint particulier ou avec un autre événement important. Le propre du temps commence avec le premier dimanche de l’avent et se termine le dernier dimanche après Pentecôte.

Tsome Déggua: antiphonaire du carême, c'est-a-dire les chants liturgiques interprétés lors du carême.

Meeraf: recueil des chants du temps ordinaire, c'est-a-dire la partie de la liturgie qui demeure constante ou au moins choisie indépendamment de la date, et à celui de « commun », qui désigne les parties de la liturgie communes à certaines catégories de saints, comme les apôtres ou les martyrs 

Zimaré: ensemble des chants destinés à être chantés après l’eucharistie, pendant la messe.

Mewasit: les chants pour les funérailles et une cinquantaine de fêtes.

Le plus important de ces livres est le déggua. Déggua signifie en guèze: lamentations. Il a préparé le déggua dans les trois modes de chant utilisés dans l’église et connu respectivement comme geez, ézil et ararai. Geez signifie le chant simple pour les jours ordinaires; ézil signifie un battement plus mesuré pour les funérailles; ararai signifie une humeur plus légère et libre pour les grands festivals.

Il a également créé dix tons musicaux avec notation appelés zar yalelacawe meleketoch qui fonctionnent comme des neumes (au moyen âge, le neume est un signe graphique plaçait au-dessus des syllabes à chanter, dans les livres de chant):

Yizet, deret, rikrik, difat, cheret, qenat, hidet, qurt, dirs, et anbir.

On croie que les deux derniers (dirs et anbir) ont été ajoutés après l’époque de St Yared.

Ces signes graphiques qui se substituent aux mots guèze pour faciliter la lecture, ordonnent notamment des gestes vocaux à effectuer et sont placéau dessus du texte des hymnes.

Les 10 tons musicaux

L'exécution des chants :

Toute la liturgie de l’église éthiopienne est chantée à l’unisson, à l’exception des Écritures qui sont lues.

Les hymnes religieux de l’église sont appelés zéma.

Le zéma est constitué d'un grand nombre de types de chant. Chaque type de chant a un nom, par exemple : salam (salut), séméhani (écoute-moi), malk (portrait), mazmur (chant).

Exemple : un jour de célébration de la Vierge Marie, on aura parmi les chants, un malk (portrait) en son honneur.

Salut à ton souffle, dont l’odeur est pleine de vie.

Comme l’odeur de l’arbre dans le paradis.

Vierge Marie maison de la sainteté.

Attends-moi dans la bonté, cache-moi de la mort.

Ma colombe élue, sur tes ailes.

Les chants peuvent être déclamés (nébab, sous la forme de lecture accentuée), chantés sans instruments (qum zéma, a capella) ou chantés accompagnés d’instruments et de gestuelle, le nom pour ce dernier type de chants est aqwaqwam.

Le mot guèze aqwaqwam est tiré de la forme verbale guèze qoma qui signifie il se mit debout. Le terme aqwaqwam est alors interprété comme la bonne manière d’être debout, c’est savoir comment se tenir debout convenablement lors d’une célébration religieuse.

En effet, lorsqu’on loue Dieu en utilisant le chant aqwaqwam, il s’agit toujours de cérémonies importantes où il convient de conserver une posture belle et digne, c'est-à-dire pour l’église, être en position debout.

Ces chants sont interprétés par des chantres appelés dabtaras (en guèze, sing: dabtara; pluriel: dabtaroch). Ils portent sur la tête un turban blanc comme les prêtres mais ne sont pas ordonnés, et autour du corps un châle de coton blanc avec une bande rouge diagonale, souvent noué en forme de croix au niveau de la poitrine (à la manière de St Yared). Dans certains cas ils portent une cape noire.

Ils sont généralement rassemblés dans un quadrilatère au nombre de 24 (les 24 prêtres des cieux qui lors de sa montée au paradis inspirèrent Yared pour composer les hymnes). Le nombre et la formation dépend de la cérémonie et de la disponibilité des chantres.

Exemple : lors des sept arrêts de la procession retour des Tabots à Lalibela, les dabtaras sont divisés en deux rangs se faisant face et placé de chaque coté de la route emprunté par la procession.

Placés dans un espace de l’église qui leur est dévolu, le qene mahlet, ou à l’extérieur lors des grandes célébrations, les chantres assurent les offices, debout, guidés par le marigéta (le maître responsable de la coordination des mouvements), qui a deux assistants le gragéta (chef de la gauche) et le qegnagéta (chef de la droite). A l’intérieur des églises, ils font face au maqdas (le saint des saints), tout comme d’autres personnages importants tels les plus hautes autorités religieuses présentes, les enseignants ecclésiastiques et les prêtres. Tournant le dos au maqdas, on trouve les diacres et des chantres de moindre importance.

Le qéné mahlet (la place du chant, qéné: une forme de poésie religieuse, mahlet: louer dieu par le chant) se trouve à l’ouest du premier déambulatoire en rentrant dans une église de forme circulaire ou octogonale (ex : monastères et églises du lac Tana), à l’ouest à l’entrée des églises de forme rectangulaire (ex: églises de Lalibéla ou l’église de Débré Birhan Sélassié à Gondar). L’espace dans lequel se tiennent les chantres, le qéné mahlet, représente une part du ciel, le ciel ou se trouve la Jérusalem céleste où Yared fut inspiré par les 24 prêtres.

La musique et la gestuelle de l’Église éthiopienne sont, selon les chantres, l’exacte reproduction du service musical et gestuel céleste. Les chantres sont séparés en deux chœurs, l’un à droite et l’autre à gauche : le côté droit est symboliquement celui des anges chérubins, le gauche celui des séraphins (créatures du ciel en tête de la hiérarchie céleste).

La gestuelle des chantres est de deux natures. La première, concerne la spatialisation des instruments au cours du jeu, elle intervient dans des catégories musicales où les chantres restent sur place et où leur gestuelle ne dépend que du jeu des instruments. C’est quand les chantres restent à l’intérieur de l’église lors des fêtes dominicales notamment.

Formation des chantres à l’intérieur d'une église

La seconde correspond à  des déplacements chorégraphiés des participants et à une plus grande mobilité de leur corps tout entier, elle est utilisée pour les fêtes annuelles, lorsque une partie de la célébration se déroule à l’extérieur.

Ils effectuent une gestuelle qui repose sur la mise en mouvement des bâtons de prière ou sur le déplacement des chantres, disposés alors en rangées.

Dans les catégories mettant en œuvre un déplacement des chantres, à l’extérieur notamment, seuls quelques-uns d’entre eux se regroupent au centre de l’espace, pour effectuer la chorégraphie. Les autres chantres demeurent autour d’eux. Les chantres sélectionnés pour leurs compétences en chant et en danse sont appelés asragaccas. La chorégraphie met en action deux rangées d’asragaccas.

Formation des chantres à l’extérieur

La chorégraphie des dabtaras symbolisent la passion du Christ, l'ensemble des événements qui ont précédé et accompagné la mort de Jésus.

Exemple de mouvements :

Les mouvements du bâton de prière placé à droite, à gauche, à l’avant, à l’arrière, cela signifie que Dieu est présent et glorifié aux quatre points cardinaux.

La frappe sur le sol, donnée à des endroits précis du chant, rappelle le bâton avec lequel les Juifs ont frappé le Christ.

Le bâton de prière cruciforme porté sur l’épaule par les prêtres représente la croix porté par Jésus.

Lorsque deux rangées avancent l’une vers l’autre, elles arrivent à se croiser : chaque chantre passe alors entre deux chantres de la rangée opposée, puis se retourne pour se retrouver face à l’autre rangée de chantres ; dans la ville de Gondar, à la différence d’autre lieu, les chantres ne se croisent pas quand les deux rangées arrivent à la même hauteur, ils changent de côté dans un mouvement de ronde : c’est là une particularité locale propre à Gondar. Le mouvement général des asragaccas, qui consiste à avancer et à reculer, est lié lui aussi à la Passion : dans l’Évangile selon saint Jean, au moment où le Christ dit : « C’est moi », à ceux qui sont venus l’arrêter, ces derniers reculent et tombent à terre.

Lorsque les chantres font des mouvements de la droite vers la gauche, ceux-ci reproduisent la manière avec laquelle le Christ a été bousculé durant le chemin de la Croix.

On peut voir aussi les chantres se baissant jusqu’à terre puis se relever, cela représente le Christ chutant en portant sa croix sur le chemin le menant au lieu de la crucifixion.

Dans certains cas, il y a un diacre placé derrière le chantre. Quand ce dernier pose le bâton de prière au sol, le diacre le récupère. Le diacre représente Simon de Cyrène qui aida le Christ à porter la Croix durant une partie du chemin de Croix.

Les instruments musicaux utilisés :

Seuls 61 chants peuvent être interprétés en mode aqwaqwam. Il y a huit manières de chanter un texte liturgique appartenant au corpus aqwaqwam. La première, zémamé, se fait uniquement avec le jeu du bâton de prière et est réalisé notamment durant la premier partie du carême jusqu’au dimanche des rameaux ; les sept autres en utilisant le bâton de prière, le sistre et le tambour.

Ils interprètent le chant aqwaqwam au rythme d’un tambour appelé kabaro, tenant dans leur main gauche un bâton de prière appelé maqwameya (le terme à la même étymologie que le mot aqwaqwam) et dans leur main droite un sistre appelé tsénasel.     

  • Le kabaro, qui est un tambour de bois de forme conique en peau de vache, est recouvert d’un tissu qui représente le linceul qui recouvra le corps du Christ lors de sa mise au tombeau, ou le tissu couvrant son visage par les soldats romains qui le giflèrent ensuite, lui demandant de deviner celui qui l'avait frappé. La petite membrane du tambour symbolise le nouveau testament, la grande membrane symbolise l’ancien testament. Quand celui-ci qui en joue frappe les membranes, cela représente les gifles reçues par le Christ et dans ce cas là les deux membranes représentent ces joues.
Le kabaro

 

  • Le bâton de prière, en bois, en forme de croix, représente la croix que porta le Christ et sur laquelle il fut crucifié. La tête souvent métallique représente la tête de l’agneau, l'agneau pascal, symbole du ChristIl peut être mis sous le menton ou se glisser sous l'aisselle, servant ainsi de support pour se reposer.
Le bâton de prière

 

  • Le sistre, qui peut être en or, argent ou autres mentaux, représente l’échelle de Jacob. Il est constitué de deux montants verticaux symbolisant l’ancien et le nouveau testament, la jonction des deux au sommet formant la bible. Il y a deux files de fer avec cinq rondelles symbolisant les deux prêtres et trois diacres nécessaires pour célébrer la messe ou les deux natures du Christ et les trois personnes de la Sainte Trinité. Selon certains membres de l’église, le son du tsénasel symbolise le bruit des ailes des séraphins et des chérubins que saint Yared a entendu dans les cieux.
Le sistre

A quel moment de l’année et de la liturgie ces chants Aqwaqwam sont exécutés :

Les chants aqwaqwam ne sont interprétés que pendant les messes dominicales, lors des fêtes mensuelles et annuelles des églises.

L’office du dimanche est appelé mazmur. Il intervient avant la messe.

Lors des célébrations mensuelles, l'office durant lequel les chants aqwaqwam sont exécutés porte le nom de mahlet (chanter pour louer Dieu). Il se déroule généralement entre 1 heure et 6 heures du matin ou entre 7 heures et demi et midi si la célébration se tient en période de jeûne.

Les célébrations annuelles  comprennent deux offices: un office de vigile (la veillée) appelé wazema qui a lieu dans l’après-midi de la veille du jour de fête entre 14h00 et 17h30. Et si c'est un jour de jeune, le matin du jour de fête entre 9h00 et 12h30, avant la messe. L'autre office est mahlet comme pour une fête mensuelle qui dans ce cas peut durer du début de la soirée (vers 20h00) jusqu'au matin.

Ces horaires ne sont pas toujours respectés par l’église.

Enseignement du chant aqwaqwam :

Selon l’église le chant aqwaqwam remonterait à l’époque de Saint Yared. Mais il a fallu attendre le 15e siècle pour qu’il soit enseigné. L’enseignement se fera de manière orale jusqu’au 20siècle.  C’était un apprentissage long et difficile. Au 20e siècle, les savants de l’église vont rédiger le livre de Ziq (le livre du chant antiphonaire, chant repris en alternance par deux chœurs) qui va alors simplifier l’éducation du chant aqwaqwam.

Il y a quatre sortes d’écoles pour enseigner le chant (tacˇ bet, laye bet, sankwa et täkle), qui forment quatre grands centres d’enseignement, ayant un maître fondateur différent. Ces écoles présentent chacune dans le chant des spécificités dans les domaines du rythme musical et de la gestuelle. L’école tacˇ bet (littéralement la maison plus bas) est la plus commune.

C’est à Gondar où l’éducation religieuse est la plus réputée, où se trouve les meilleures écoles de chant aqwaqwam.

L’enseignement du chant aqwaqwam fait parti du cursus de l’éducation supérieure de l’église orthodoxe éthiopienne et est enseigné dans une école appelé zéma bet (zéma: hymne ; bet : école).

Dans cette école il y a quatre apprentissages différents dont les deux plus importants et obligatoires pour les chantres sont, dans l'ordre de la formation:

L’enseignement appelé zéma où l’on apprend les hymnes qui seront chantés durant la liturgie et qui furent composés par St Yared. Et le chant aqwaqwam qui est une éducation spécialisée qui couvre le jeu d’instruments de musique, la performance vocale et le mouvement corporel.

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